La spiritualité de la nature selon C.S. Lewis

« Le cheval et le maître exhalaient dans les narines l’un de l’autre. L’homme se détourna de lui, se jeta aux pieds de Celui qui Brûle, et les embrassa. Quand il se releva, je pensais que son visage rayonnait de larmes, mais cela pouvait aussi n’être que l’eau d’amour et la lumière (on ne peut pas les distinguer dans ce pays) qui s’écoulaient de lui. Je n’avais pas le temps d’y penser. Se hâtant joyeusement, le jeune homme sauta sur le dos du cheval … Je les suivis des yeux, mais déjà ils ne ressemblaient plus qu’à une étoile filante au loin sur la plaine verdoyante, et bientôt entre les contreforts des montagnes. Puis, toujours à la manière d’une étoile, je les vis s’enrouler et escalader ce qui semblait être un pic improbable, à chaque instant plus rapides, jusqu’à l’horizon sombre, si haut que je dus tendre le cou pour les regarder ; ils disparurent, éblouissants, dans l’éclat rose de ce matin éternel.

Alors que je regardais encore dans leur direction, je remarquai que toute la plaine et la forêt tremblaient et produisaient un son qui, dans notre monde, aurait été trop immense pour être entendu, mais là, je pouvais le supporter avec joie. Je savais que ce n’était pas les Gens Solides qui chantaient. C’était la voix de cette terre, de ces forêts et de ces eaux, un étrange bruit archaïque, non organique, qui venait de toutes les directions à la fois. La Nature ou l’Arche-nature de ce pays se réjouissait d’avoir été une fois de plus chevauchée, et par là consommée, en la personne du cheval ; elle chantait:

« Le Maître dit à notre maître :
Viens, partage mon repos et ma splendeur jusqu’à ce que toutes les natures, qui étaient tes ennemis, deviennent des esclaves qui dansent devant toi et que tu chevauches, deviennent un sol ferme pour que tes pieds se reposent.
Au-delà de tout lieu et temps, à cet endroit même, l’autorité te sera donnée: les forces qui s’opposaient autrefois à ta volonté seront un feu obéissant coulant dans ton sang et un tonnerre céleste sonnant dans ta voix.
Surmonte-nous, surmonte-nous pour que nous puissions être nous-mêmes: nous désirons le commencement de ton règne comme nous désirons l’aube et la rosée, la fraîcheur de la naissance de la lumière.
Maître, ton maître t’a nommé pour toujours pour être notre Roi de la Justice et notre Prêtre élevé. »
– Comprends-tu tout cela, mon fils? » dit le professeur … »
– Je n’y comprends rien, Monsieur, » répondis-je. Ai-je raison de penser que le lézard s’est vraiment transformé en cheval?
– Oui. Mais il a été tué d’abord. Tu n’oublieras pas cette partie de l’histoire?
– Je vais essayer, Monsieur. Mais ça veut dire que tout – tout ce qui est en nous peut aller à la montagne?
– Rien, pas même le meilleur ni le plus noble ne peut continuer comme il est maintenant. Rien, pas même ce qui est le plus bas et le plus bestial, ne sera de nouveau élevé s’il se soumet à la mort. Un corps naturel est semé, un corps spirituel est élevé. La chair et le sang ne peuvent aller à la montagne, non pas parce qu’ils sont trop bas, mais parce qu’ils sont trop faibles. Qu’est-ce qu’un lézard comparé à un étalon? La convoitise est pauvre, faible, une chose chuchotante et gémissante par rapport à cette richesse de l’énergie du désir qui adviendra lorsque la convoitise aura été tuée. »

Ce passage est tiré du chapitre 11 du livre de C.S. Lewis ‘The Great Divorce’. Il illustre l’éveil d’une énergie qui s’enroule, brille et s’élève, appelée aussi kundalini dans la spiritualité hindoue. Le cheval est la nature humaine dans son expression la plus subtile, qui a dépassé le stade de la convoitise et qui exprime un désir pur, celui de s’élever. L’homme représente la nature spirituelle en chacun: seule l’union des deux permet d’arriver à une véritable renaissance spirituelle. Quand l’être humain arrive à cette unité, toute la nature chante.

Plus sur:
http://www.freebook4u.org/fantasticfiction/The_Great_Divorce/14765.html
Peinture de Timothy M. Marston: http://www.elfwood.com/~marston/The-Great-Divorce.3013400.html

Publié par notre Terre Mère

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Une réponse à “La spiritualité de la nature selon C.S. Lewis

  1. jeanne chretien

    Merci encore pour cette super traduction. Ce texte n’est pas aisé et cela m’a bien aidé. Jeanne

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