Etonner les Dieux

Astonishing the Gods ou Etonner les dieux, est un conte initiatique, une quête de sa vraie identité. Un homme, né  » invisible « , voyage pour découvrir la raison de sa non- existence : c’est un chercheur de vérité sur la voie de sa vie. A l’image du conte, le héro doit triompher de plusieurs épreuves, aidé par un  » guide  » mystérieux et invisible. Tous les symboles du mythe sont présents dans cette fable moderne dont le but est aussi spirituel que philosophique au sens classique :  « créer la première civilisation universelle de justice et d’amour ». Voici quelques extraits :

 

 « Il était né invisible. Sa mère l’était aussi, et, pour cela, elle pouvait le voir. Les siens menaient des vies agréables, ils travaillaient dans les fermes, sous le soleil familier. Leurs vies remontaient dans les siècles invisibles et les seules choses qui avaient survécu à ces époques aux couleurs différentes, c’étaient des légendes et de riches traditions, non écrites et, par conséquent, dont on se souvenait. .. Ce fut dans les livres qu’il apprit d’abord quelque chose sur l’invisibilité. Il rechercha les siens et lui-même dans tous les livres d’histoire qu’il lut et découvrit, au plus grand étonnement de son jeune âge, qu’il n’existait pas. Il en fut tellement troublé qu’il décida, dès qu’il serait assez âgé, de quitter ce pays pour trouver les gens qui existaient et voir à quoi ils ressemblaient….

Une nuit, alors que l’obscurité était telle qu’elle confirmait son invisibilité dans l’univers, il s’enfuit de chez lui, courut jusqu’au port le plus proche et s’en alla à la dérobée sur la mer couleur émeraude. Il voyagea sept ans. Il fit tous les métiers. Il apprit de nombreuses langues. Il apprit de nombreuses sortes de silence. Il garda la bouche fermée le plus souvent possible et écouta tout ce que les hommes et la nature avaient à dire…

 …A son grand étonnement, quand il regarda plus attentivement dans les miroirs comme dans les profondeurs d’un lac magique, il vit de très belles femmes en train de jouer de la mandoline, de lire des livres enluminés, de chanter silencieusement en chœur, de prononcer des paroles qui se transformaient en couleurs rayonnantes, de danser nues sur des planchers laqués. Des oiseaux blanc et jaune voletaient autour d’elles dans l’air spacieux de leurs palais faits de clair de lune.

Il allait parler quand un autre spectacle somptueux frappa ses yeux. Il se retourna et vit, dans un miroir, un jardin où les fleurs baignaient dans une lueur céleste. Alors qu’il l’admirait, extasié, une licorne blanche, portant une corne d’émeraude, passa en trottinant avec grâce et en répandant des rayons enchantés de béatitude.

Plus loin, dans les miroirs blancs qui faisaient face à la Grande Basilique de la Vérité, il vit un lac vert. Au milieu de l’eau d’émeraude, point focal de toutes les lumières magiques, se trouvait l’épée oubliée de la Justice. Sa lame d’or incorruptible se tendait vers les cieux illuminés, et sa pureté divine aveuglait le regard.
«Je ne comprends rien», dit-il.
Il ne s’était pas remis des merveilles qu’il venait de voir. Il ne s’en remettrait jamais.
«Garde ton trouble, dit la voix, son guide. Il te sera utile.
– Mais que veulent dire toutes ces choses?
– Qu’entends-tu par  »veulent dire »?
– Qui sont ces très belles femmes? Que signifie cette merveilleuse licorne? Quelle est cette épée?»
La voix dit:
«Tu rencontreras les femmes plus tard, seuls ceux qui le peuvent voient la licorne, et l’épée c’est l’épée.
– Je ne comprends toujours pas.
– Les choses sont ce qu’elles sont. Tel est le pouvoir. Toutes les choses sont ce que nous pensons qu’elles sont, ce que nous sentons qu’elles sont, et plus encore. Elles sont elles-mêmes. Si elles signifiaient quelque chose, elles seraient beaucoup moins. Tout ce que tu vois, c’est ta richesse et ton paradis personnels. Tu es heureux si tu vois des choses merveilleuses. Tu vois ce que tu es ou ce que tu deviendras. Beaucoup de nos plus grandes femmes et de nos plus grands hommes sont restés ici pendant des centaines d’années et n’ont jamais vu la licorne. Tu viens d’arriver et tu l’as déjà vue.»

 Ben Okri, Etonner les Dieux, Astonishing the Gods, traduit de l’anglais par Jean Guiloineau, Points 1997

Ben Okri, poète et écrivain, est né au Nord du Nigéria le 15 mars 1959, d’une mère Igbo et d’un père. Il a passé sa petite enfance à Londres, puis est retourné avec sa famille au Nihéria en 1968. Il fait ses études supérieures à l’Université d’Essex. Son premier roman, Flowers and shadows, paraît en 1980. Il acquiert très vite une renommée internationale. Membre de la Royal Society of Litterature, Ben Okri est vice-président de la branche anglaise de l’association internationale PEN.

 Publié par notre Terre Mère

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