Jung, psychanalyste de l’universel

Jung est un grand humaniste qui a travaillé sur les archétypes de la société humaine, qui ne définissent pas l’inconscient d’un peuple mais celui de l’humanité tout entière qui est une grande famille et qui se nourrit des mêmes images symboliques et numineuses, c’est à dire sacrées. Il a opposé la libido que Freud a voulu limiter à la sexualité, à une énergie beaucoup plus vaste qui plonge dans l’Inconscient collectif.
Malgré l’aspect universel de ses recherches, son respect des différences, une rumeur, partie d’une citation tronquée de Jung, veut absolument rattacher Jung au nazisme. Sans doute pour pouvoir écarter celui-ci du monde de la psychanalyse française fortement dominée par le dogme freudien.

Etienne Perrot, dans son introduction à Jung de l’Encyclopédie Universalis donne plusieurs exemples qui sont à m^me de dissiper tous doutes, pour peu qu’on soit sincère.
« Dans une interview parue dans C.G. Jung parle. Rencontres et interviews , Jung explique son attitude et ses positions de 1933 à 1939. Tout l’article mériterait d’être lu, mais nous ne pouvons qu’en donner des extraits ici. Il s’ouvre sur cette phrase : « Pour quiconque a lu n’importe lequel de mes livres, il doit être évident que je n’ai jamais été sympathisant nazi, ni antisémite et aucune liste de citations fausses, de traductions erronées ou de déformations de ce que j’ai écrit ne saurait altérer le récit de mon point de vue authentique. »

« Si le médecin psychiatre suisse Carl Gustav Jung a été en contact avec le Dr M.H. Goering, nous dit Etienne Perrot, c’était parce que ce dernier, imposé par les nazis, devint co-directeur en 1936 de la revue de la Société Internationale de Psychothérapie (Zentralblatt für Psychotherapie). Cette société avait son siège en Allemagne. À la demande de ses membres, Jung avait accepté d’être le président de la Société Internationale dès 1933 et le rédacteur en chef de la revue. Son but était de « préserver un esprit de coopération scientifique entre tous les médecins européens face à l’antisémitisme nazi qui se manifestait alors pour la première fois. Il était impossible de combattre ouvertement l’intolérance nazie sans mettre en danger la situation de tous les médecins allemands et des médecins juifs en particulier. »
Il avait endossé cette responsabilité, également, pour faire accepter les médecins juifs allemands comme membres de la Société Internationale, parce qu’ils étaient rejetés de la Société allemande.
En 1937, le siège de la Société Internationale de Psychothérapie fut transféré à Zurich, ville de Jung située dans un pays neutre, ce qui permit aux Juifs de continuer à y adhérer. La tâche de Jung était difficile, comme lui-même l’exprime : « À plusieurs reprises je voulus me retirer et essayai de démissionner, mais n’en fis rien à la demande pressante des représentants anglais et hollandais. […] Mon attitude se résumait ainsi : je ne suis pas un rat qui quitte le navire en perdition ; c’est pourquoi je ne démissionnai en fait qu’à la fin de 1939, quand débuta la guerre et que je ne pouvais plus être d’aucune utilité. »

Dans la célèbre biographie de Freud par Ernest Jones, La Vie et l’œuvre de Sigmund Freud, il est expressément établi que Goering, en tant que “Reichsführer“ directeur de la psychothérapie en Allemagne, contrôlait également la société freudienne de psychanalyse. Jung lui-même n’a pas été épargné par les nazis et ses œuvres, placées sur la liste Otto, ont été détruites ; de plus, pendant la guerre, la famille de Jung, avertie par les autorités suisses, a dû quitter Zurich pour se réfugier en lieu sûr dans les montagnes, le nom de Jung figurant sur la liste noire des nazis.

Ces deux informations sont suffisantes pour dissiper tous malentendus : si les oeuvres de Jung ont été brûlées par les nazis, si les Jung ont du fuir les raffles des assassins, cela montre bien l’antinomie de Jung avec les barbares.

Mais les rumeurs ont la peau dure, et l’accusation d’antisémitisme est liée à ce passage, qui est cité généralement tronqué, d’un article écrit par Jung en 1934 dans la revue de la Société : « En tant que membre d’une race à la civilisation trois fois millénaire, le Juif, comme le Chinois cultivé, possède un champ de conscience psychologique beaucoup plus vaste que le nôtre. Mis à part les individus créateurs, le Juif moyen est beaucoup trop conscient et différencié pour devenir gros de tensions d’un futur à naître. L’inconscient aryen par contre possède un potentiel plus élevé que celui du Juif. C’est à la fois l’avantage et l’inconvénient d’une jeunesse non encore sevrée de toute barbarie . »
« Il est évident, suivant le contexte, que Jung veut signifier que ce qui est potentiel chez les germaniques, c’est-à-dire virtuel, en puissance, a déjà été « réalisé » par la conscience juive. (Il est à remarquer qu’il parle en effet de conscience pour les uns et d’inconscient pour les autres). Un peuple à la civilisation récente est gros, tout comme un adolescent, de transformations à venir, en même temps qu’il peut par son manque de maturité succomber à cette barbarie qui gît encore toute proche dans les profondeurs de sa psyché…;
Selon la terminologie junguienne, l’archétype, en tant qu’énergie psychique brute, peut s’emparer de façon désastreuse de l’homme, si cette énergie n’est pas canalisée et intégrée par la conscience…D’ailleurs, en 1936, dans un article intitulé « Wotan (13) », Jung analysera avec objectivité et courage le phénomène nazi comme une possession par cette énergie indifférenciée et non maîtrisée. Il en décrit les effets, la soif de pouvoir et la contamination inconsciente qui peut atteindre chacun de nous. Aussi est-il évident qu’il n’était nullement dans son propos de jeter l’anathème sur cette conscience différenciée qui caractérise le Juif et le Chinois cultivé, et laquelle est, selon lui, le but de toute évolution humaine. Le seul danger pour une telle conscience, si affinée par les siècles, serait de vivre sur ses lauriers, tel un homme ayant atteint sa maturité, et de ne plus se remettre en question, donc de perdre sa créativité. »

Il est vrai qu’une telle analyse ne peut être comprise sans connaître déjà la démarche de Jung. Celui-ci a trop  attendu de la compréhension de ses lecteurs, et il paraît à postériori très délicat et/ou maladroit de la part de Jung d’avoir écrit sur les Juifs, les Chinois, les Aryens. Ces propos de 1934 sont sujets à interprétation et visiblement à déformation. C’est une maladresse qui est chère payée par Jung. Etienne Perrot conclue par ces mots qui encore demandent une vision claire de la pensée junguienne :
« La connaissance des différences et des particularités doit aller de pair, selon Jung, avec ce processus de recherche individuelle appelé processus d’individuation, comme nous l’avons déjà relevé, afin que la pensée individuelle et créatrice se dégage de tout intégrisme collectif caractérisé par un discours systématique et des pratiques fascistes. « Toute ma vie, dit Jung, mon travail a été basé sur la psychologie de l’individu et sa responsabilité envers lui-même et son milieu. Les mouvements de foule avalent les individus en masse, et un individu qui a ainsi perdu son identité a perdu son âme . »
C’est un discours qui démontre très clairement la position de Jung.
Publié par notre terre Mère

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