Bombay, capitale mondiale du SIDA

La situation :
L’Inde est à la première place des pays ayant des personnes contaminées par le VIH. Dans le monde, 1/8 des personnes contaminées vivent en Inde.

Bombay détient le record des décès liés au VIH, car 1/5 des personnes souffrant du VIH en Inde, vivent dans cette ville du Maharastra, qui compte 23 millions d’habitants. Beaucoup de ces malades développent la maladie du SIDA car ils n’ont pas un réel accès aux soins.

Selon l’Onu Sida, l’Inde aurait le plus grand nombre de malades du SIDA, bien plus que l’Afrique du Sud : 5,7 millions de cas (chiffres de 2006).

En 2004, une unité pour maladies opportunistes comme la méningite ou la tuberculose est créé dans un hôpital prestigieux de la ville, le J.J. Hospital. Le professeur Alaka Deshpande, chef du service, fait ce qu’elle peut avec les faibles moyens qui lui sont attribués : 200 personnes par jour pour un médecin, 300 visites par jour pour recevoir les médicaments contre le VIH. Cela représente de longues heures d’attente pour les patients qui viennent souvent de très loin, car ici, les médicaments sont gratuits, enfin ceux de première ligne (les anciennes trithérapies).

Une crise sanitaire :
Seuls 10 hôpitaux en Inde possèdent des médicaments de deuxième ligne qui ne sont donnés qu’à ceux qui ne répondent plus aux anciens médicaments car ils sont payants. Depuis six ans les produits de première ligne sont gratuits mais les effets secondaires sont très graves. Mais seulement 30% des malades ont accès à ces médicaments gratuits au Maharastra.

Par exemple, le docteur Alaka Deshpande ne peut pas faire le test qui mesure la charge virale, c’est-à-dire qui mesure la quantité de VIH qu’il y a dans le sang, même si son hôpital est l’un des meilleurs du pays. C’est très frustrant pour un médecin de travailler ainsi mais selon ses propos Alasha « n’a plus la force de se battre contre la bureaucratie. »

Même si l’Inde est au 11 rang des puissances mondiales, la plus grande démocratie du monde, elle ne consacre que 1% de son budget à la santé, contre 11% en Afrique du Sud par exemple.

La maladie taboue :
Il y a 6 ans, la maladie du VIH n’avait pas d’existence officielle. Le gouvernement masquait le problème sanitaire pour ne pas nuire à son image. Les chiffres annoncés pour cette année, un peu plus  2 millions de cas, sont bien loin de la réalité, d’autant que beaucoup ne sont pas recensés dans les petites villes.

La majorité des malades croit qu’il existe un remède pour devenir séro négatifs et guérir du SIDA. La plupart ne sait pas comment ils ont attrapé la maladie.

L’analphabétisme, la misère mais aussi la tradition n’aident pas à lutter contre le SIDA.

C’est toujours la maladie de la honte qu’il faut cacher.

La propagation :
Il semble que les prostituées soient le maillon le plus important de transmission de la maladie car 95% des séro positifs sont hétérosexuels. Les malades sont des gens qui n’avaient jamais entendu parler de la maladie avant d’être eux-mêmes atteint, et qui ne prennent pas de précautions comme les préservatifs.

Certains médecins refusent toujours d’opérer des malades atteints du VIH.

Depuis le 7 novembre 2009, la Haute Cour de Justice a dépénalisé l’homosexualité, car avant, un médecin ne pouvait pas soigner un patient dont l’homosexualité était révélée. Hors, 1/10 des homosexuels sont séro positifs en Inde. Depuis un an, des associations peuvent agir au grand jour pour informer ces populations et distribuent des préservatifs.

Il faudrait faire de même pour le reste de la population d’ailleurs.

L’industrie pharmaceutique :
Pourtant, à Goa, l’entreprise SIPLA produit beaucoup de médicaments génériques. Entre 1972 et 2005, l’Inde ne reconnaissait pas les brevets internationaux, donc SIPLA a produit 90% des médicaments qui vont en Afrique du Sud ou dans les autres pays pauvres. Leurs machines sont importées d’Europe et leur entreprise de 7000 salariés est régulièrement contrôlée. Ils sont à la pointe et très compétitifs : leurs médicaments, pas seulement pour le SIDA,  coûtent 10 à 50 fois moins chers qu’en occident.

Donc depuis 2005, l’industrie pharmaceutique ne peut plus produire de médicaments sans payer les brevets, donc ne produira pas de médicaments de deuxième ligne (nouvelles trithérapies) d’une façon bon marché ; que va-t-il arriver aux patients des pays pauvres ?

Les charlatans :
12% des médicaments vendus en pharmacie sont issus de la contrebande et sont insuffisamment dosés, d’autant que les médecins n’ont en général pas les moyens de vérifier si le traitement marche puisqu’ils ne peuvent calculer la charge virale.

De plus, les Indiens s’en remettent à Dieu à leur gourou au lieu de se prendre en charge et se soigner. Des médecins charlatans vendent des traitements à base d’herbe : bien sûr, des procès ont engagés contre eux mais ils ont tellement d’influence sur la population.

Certains faux gourous surfent sur la vague et proposent de se soigner par l’Ayurveda, disant que cette médecine, à l’origine des autres, est plus efficace que l’allopathie et laissant croire que l’on peut guérir en 3 mois du SIDA. Mais ces faux gourous ont de forts appuis politiques et sont intouchables. Ce manque d’information touche tout le monde, aussi la classe moyenne.

La réponse :
Le gouvernement indien doit réagir avec honnêteté à cette situation dramatique qui ne fera qu’empirer s’ils ne prennent pas les choses en main.

Il faut impérativement briser le tabou qui entoure le SIDA en Inde et informer la population des modes de propagations, de la virulence du virus et de notre incapacité à le contrer. Il faut juguler l’épidémie en Inde, il en va de notre survie à tous, car si on abandonne le sous-continent indien, on n’éradiquera jamais cette maladie.

Article fait à partir du magnifique travail d’investigation de Sophie Ent et de Ted Sand, documentaire sur Arte 2010

Plus sur: http://inde.aujourdhuilemonde.com/au-jj-hospital-de-bombay-le-sida-est-soigne-gratuitement

Publié par notre Terre Mère

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